Samedi 26 août 2006 6 26 /08 /Août /2006 01:10

Ca y est on a signé le contrat pour la création de l'entreprise Rokaz !

En fait on a signé les contrats, car il y en a deux. Un peu comme la loi brésilienne d'ailleurs, il y a celle qui est écrite dans les livres, et celle qu'on pratique tous les jours dans la vie réelle... Le premier contrat est le contrat officiel, où on a inscrit un capital social ridicule. En SARL, on n'est responsable qu'à la hauteur du capital investi, et donc tout le monde au Brésil inscrit un capital très faible, même les grandes SARL.

Le deuxième contrat c'est le vrai contrat qui lie les différents associés, où les sommes réellement investies sont indiquées, où on indique les clauses de désengagement, de répartition des dividendes, etc... On appelle ça le contrato de gaveta, car il reste soigneusement dans un tiroir et on ne le montre jamais à aucune entité publique officielle bien sûr.

Dans notre cas, je vais investir un peu plus que les deux autres associés, mais on a prévu d'avoir un terme un tiers du capital chacun. Dans le contrat on détaille donc comment ils vont me rembourser la différence de capital.

En investissant ici 50.000 US$, je vais pouvoir obtenir le visa permanent brésilien. C'est l'une des trois seules solutions pour l'obtenir, les deux autres solutions pourraient paraître plus simples, mais ça dépend du point de vue : se marier avec une Brésilienne, ou faire un enfant avec une Brésilienne. Vous préféreriez quoi ? Sachant qu'un mariage blanc, ça ne marche pas, ce serait trop facile... J'ai un copain belge qui s'est marié avec une Brésilienne et qui a obtenu le visa permanent, or les flics débarquent à l'improviste chez lui une fois par mois pour vérifier qu'ils dorment bien dans le même lit !

Sinon sur le terrain les travaux ont commencé avec l'argent de Alexandre. Nous construisons les murs qui entourent le jardin pour faire un grand gymnase d'une vingtaine de mètres de haut derrière la maison que vous avez déjà vu en photo dans mon premier post sur Rokaz. Ensuite seulement nous ferons le mur d'escalade. qui devrait faire dans les 600 m2 de surface grimpable avec 25 voies d'escalade environ et une grande aire de blocs.

Voici une photo de la maison vue de derrière. Le bar sera au rez-de-chaussée à gauche sous le toit en espèce de chaume, en bas à droite il y aura les appareils de muscu, et à l'étage à droite il y aura la salle de yoga et la salle pour les cours d'escalade avec vidéo à l'appui. Notre bureau est de l'autre côté, il donnera sur la rue. Les vestiaires et les sanitaires seront au fond du terrain, c'est-à-dire là d'où je prends la photo.

 

 

 

Bon week-end à vous ! Moi j'ai décalé le mien, je bosse demain samedi, je pars en bus dans l'après-midi pour aller récupérer ma petite soeur dimanche matin à l'aéroport de Rio et je reviens mardi matin à Belo. Elle vient avec son nouveau mec, on va probablement suivre le programme classique que je fais quand je vais à Rio: grimpe au Pain de Sucre et au Corcovado, bronzage à Ipanema, samba à Lapa...

 

Par Alexis - Publié dans : vidanobrasil
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Mercredi 23 août 2006 3 23 /08 /Août /2006 04:26

A Belo Horizonte j’habite à 300 mètres de mon bureau. Savassi, le quartier qui bouge le soir n’est pas loin non plus de chez moi. Je pourrais donc en théorie vivre en boucle fermée à pied dans une toute petite partie de cette grande ville. Mais le soir après le travail quand je n’ai pas prévu d’aller grimper, danser ou boire des bières, je prends un bus au hasard et je vais jusqu'au terminus. Je prends l’air du mec las qui fait le trajet tous les jours pour rentrer du travail, et sous mes paupières à moitié fermées j'observe attentivement les passagers. Malgré mes efforts, j'ai souvent peine à imaginer des destins, des personnalités originales derrière ces apparences uniformément résignées à une routine peu reluisante. De votre envoyé spécial au Brésil, je vous annonce qu'ici comme ailleurs les gens qui rentrent du boulot le soir ont tous la même couleur grise au fond des yeux...

 Je regarde donc surtout les quartiers de la ville qui défilent sous mes yeux. Les urbanistes ont dessiné le centre ville avec des grandes avenues, des places avec de la verdure, mais où seuls 500.000 habitants vivent. Autour, dans les banlieues sans fin, ce sont deux à trois millions d’habitants qui ont des villas à 5 millions d’euros dans les collines ou une bicoque fragile à 5000 reais dans une favela, car les 130 euros du salaire minimum mensuel ne permettent pas de vivre autrement. La plupart du temps, les banlieues sont entre ces deux extrêmes, ce sont des mélanges d'entrepôts, d'immeubles d'habitations, de petits centres commerciaux. De temps en temps, il y a un marché dans la rue, un attroupement autour d'un bar qui déborde sur le goudron de l'avenue, un petit troupeau de quelques vaches égarées qui paissent les quelques brins d'herbe au bord de la route boostés par le CO2 des voitures. Mes yeux picotent de plaisir quand j'observe ce joyeux bordel, ces immeubles a moitié construits, l’anarchie et la profusion des couleurs. Pourquoi? Probablement par esprit de contradiction par rapport à nos sociétés occidentales qui tendent à l'aseptisation générale, peut-être parce que j'ai dû me décréter un jour à moi-même que la perfection, la propreté et l'efficacité sont résolument inhumaines au-delà d'un certain stade?

 L'autre soir je me suis rendu compte un peu tard que j'étais le seul visage pâle dans le bus. Il m’a emmené jusqu'à l'entrée d'une favela. Au terminus, tous les passagers descendent. Je me retrouve tout seul, j'observe par la fenêtre les gens pénétrer la favela par plusieurs petits chemins en terre, ils disparaissent rapidement, comme des souris, par des petits trous qui mènent à un univers qui m'est interdit. Le moteur du bus s'est arrêté de tourner, le silence est pesant, il fait nuit et les lumières blâfardes de la favela me semblent bien lugubres. Le chauffeur est toujours dans le bus, afin d'anticiper une réaction de surprise de sa part quand il se retourne vers moi, je lui lance le traditionnel "Tudo bem?!" Puis je me plonge dans mon bouquin pour me donner une certaine constance. Il doit vraiment me prendre pour un fou. Pendant un quart d'heure, sans qu'en apparence il ne se passe rien du tout, un espèce de dialogue muet s'instaure entre nous deux. J'imagine qu'il est sûrement en train d'imaginer ce que je trafique ici, et moi j'imagine ce qu'il est en train d'imaginer. Etudiant en sociologie, détective prívé, touriste égaré, journaliste en quête d'un bon sujet de société, qui a l'imagination la plus débridée?

Puis sans qu'aucun de nous deux ait livré nos secrets, le chauffeur remet en route le moteur et démarre à nouveau. Aussitôt, notre dialogue prend fin, la progression du bus dans l'espace remplace nos cheminements intellectuels dans l'abstrait. Je sens que l'esprit du chauffeur s'est envolé vers d'autres cieux, et moi-même je reprend avec avidité l'observation de ces vastes banlieues grises, de ces no man’s lands surpeuplés, jusqu'à revenir me réfugier dans le centre ville où les bars, restaurants, théâtres et cinémas donnent enfin une dimension humaine à la ville, donnent enfin une bonne raison d'être ensemble à ses habitants, où les foules joyeuses et bigarrées des Brésiliens rendraient aimables et chaleureux des alignements de blockhaus.

Par Alexis - Publié dans : vidanobrasil
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Mardi 22 août 2006 2 22 /08 /Août /2006 04:01

Encore une journée passée sur Excel, plus de dix heures collées à l'écran de mon portable. Je me retrouve à faire deux modèles financiers en même temps, celui de Vida no Brasil et celui de Rokaz. J'vous jure, à quoi ça sert d'aller au bout du monde travailler sur des projets un peu originaux pour se retrouver à aligner toute la journée des calculs sur un ordinateur ?! Un jour prochain viendra où il y aura autre chose dans ma vie... Heureusement qu'il y a des couleurs sur Excel, c'est le seul truc qui me divertit !!

Bon au moins j'ai terminé le modèle tarifaire de Vida no Brasil, en refaisant tous les calculs de plus près j'arrive à une estimation deux fois supérieure à ce que j'avais présenté au secrétaire à la planification du Minas Gerais il y a deux semaines, ça craint du boudin... Je m'étais pas mal planté avec toutes mes approximations, je ne sais pas ce que je vais inventer pour expliquer l'écart aussi grand à la prochaine réunion importante début septembre...

Après le boulot, direction la salle d'escalade vers 20h00, je retrouve tous les copains grimpeurs, je me défoule sur le pan et je remplis mon carnet de commandes de matériel d'escalade que je vais acheter pour tout le monde au vieux campeur en septembre car ici le matos est introuvable ou trois fois plus cher qu'en France.

Bientôt la France, dans à peine plus de deux semaines !

Par Alexis - Publié dans : vidanobrasil
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Lundi 21 août 2006 1 21 /08 /Août /2006 01:20

Vendredi soir, 20h00, nous nous extirpons laborieusement des banlieues tentaculaires de Belo Horizonte. Des kilomètres et des kilomètres de favelas, des collines entières recouvertes de petites bicoques construites de bric et de broc, éclairées par de petits lampadaires oranges blâfards. Comme les pistes rectilignes qui transpercent la forêt brésilienne, de nombreuses autoroutes bien droites traversent ces favelas pour emmener les habitants du centre ville vers la campagne aux alentours ou les autres grandes villes du Brésil, suffisamment rapidement  pour qu'ils n'aient jamais aucun contact avec les habitants des favelas.

Mais le vendredi soir, comme dans toutes les grandes villes du monde, les autouroutes qui sortent des agglomérations sont saturées. Je peux observer donc à loisir ces milliers de cahutes et imaginer tristement la précarité de la vie ici. Les maisons les plus proches ont leur porte d'entrée à moins de 3 mètres de l'asphalte de l'autoroute. L'espace est quand même suffisant pour que les enfants y jouent au ballon. J'ai un peu la nausée, je suis dans un gros 4x4 noir, les vitres sont fermées et fumées, l'air conditionné. Est-ce que je devrais culpabiliser? Je regarde César qui conduit, c'est le propriétaire du 4x4, je fais quelques commentaires sur l'univers sordide qui nous entoure et j'arrive à lui arracher quelques paroles de compassion. Mais de culpabilité, non. Pourtant c'est un garçon charmant. C'est un copain grimpeur de Yan, qui est aussi dans la voiture, et qui lui vient d'une famille très modeste.

Le père de César a fait fortune en montant une entreprise qui fait des pièces en acier pour l'industrie automobile. César s'apprête à reprendre le flambeau. Mais il est aussi passionné d'art. Le jardin de son immense villa est parsemée de ses propres oeuvres d'art en acier. Il m'a montré son atelier. C'est une grande pièce remplie d'outils sous sa piscine, à côté d'une salle de musculation de 100 m2 dont les murs sont tout bleus la journée car ce sont les parois de la piscine... La maison est contruite de plain pied, une trentaine de mètres de long sur une vingtaine de large, tout en marbre et en bois rares de l'Amazonie j'imagine... César a rigolé quand je lui ai dit que sa cuisine de 80 m2 était plus grande que tous les appartements que j'avais pu avoir à Paris ! Mais il a cassé le charme vendredi soir quand tout d'un coup il s'est énervé lorsque des piétons ont osé traverser la route devant lui, sur un passage piéton pourtant, et l'ont forcé à freiner...

Deux heures après avoir quitté la ville, nous arrivons dans la maison de campagne d'un quatrième luron, Fred, que je connais déjà car il se trouve qu'il travaille aussi pour le projet Vida no Vale via une entreprise que nous avons contractée. Nous parlons escalade, nous planifions nos prochaines expéditions en France et dans d'autres coins du Brésil et nous nous couchons vers minuit en mettant le réveil à 5 heures. Ca fait un peu court pour moi vu que je n'avais pas beaucoup dormi la veille non plus...

Au milieu de la nuit que j'aurais aimé avoir, le réveil sonne. Heureusement la motivation est là et nous bondissons tous du lit en un quart de seconde. Un quart d'heure de voiture et nous sommes au pied de la falaise. Enfin pas tout à fait, il y a une espèce de forêt vierge en pente qui nous sépare encore d'elle. Deux heures et demie de marche, ou plutôt de corps à corps avec une végétation dense, nous annonce Fred. Quelques étirements avant le début de la baston...

 

Nous commençons à marcher, la falaise paraît toute proche, mais elle est à 5 kilomètres à vol d'oiseau et son pied est 800 mètres plus haut. La paroi fait 700 mètres de haut et culmine à 2000 mètres d'altitude.

 

 

Au bout d'un quart d'heure de marche au trot je suis complètement réveillé. Nous nous enfonçons dans la forêt. La pente devient très raide, la végétation est dense, le sentier quasiment inexistant car la paroi n'a été gravie qu'une dizaine de fois. Il faut se faufiler entre les arbustes denses et les troncs des arbres, il faut s'agripper à cette végétation épineuse pour lutter contre la gravité et le sol glissant qui nous entraînent vers le bas. Tout d'un coup, il y a une dizaine de grands cris qui retentissent tout près de nous, dans la hauteur des arbres. C'est une bande de gibons nous dit Fred. Mais il n'y a pas moyen de les voir, j'ai l'impression d'être un petit jouet fragile pour la forêt, nous sommes des larves qui rampons à ces pieds et les singes sont des poissons dans l'eau.

Deux heures et demie plus tard comme prévu, nous touchons enfin le rocher, nous rejoignons notre élément. A nous enfin la délicieuse sensation d'évoluer comme des singes dans la troisième dimension ! La voie fait 13 longueurs de 55 mètres. C'est un océan de quartzite d'une jolie teinte de gris. La paroi n'est pas très raide, c'est une grande dalle unique en fait, avec aucune ligne de faiblesse particulière. 13 longueurs en 6a-6b en moyenne, avec de 2 à 5 spits rouillés par longueur. Pas moyen de placer d'autres protections. Il va falloir un bon moral donc...

Fred attaque en premier avec Yan, je grimpe derrière en réversible avec César. Je fais en tête la première longueur qui nous met directement dans le bain. Le premier spit est à 15 mètres du sol, juste avant un pas en 6a, il y a un autre spit 5 mètres plus haut, puis plus rien jusqu'au relais 30 mètres plus haut. Glups. Je regarde bien mes pieds pour ne pas faire d'erreur de placement, mais pas plus bas...

 

Fred et César :

 

 

Le passage clé de la voie est en 7a, au milieu de la voie environ. C'est un pas en dalle deux mètres au-dessus d'un spit mal placé. Fred nous dit que tout le monde le passe avec des crochets du ciel. Yan essaie en libre. Il s'élève une première fois au-dessus du spit, hésite, redescend, remonte une deuxième fois, regarde en-dessous de lui puis abdique et sort un crochet qu'il dispose sur une petite prise. Il met le pied dans la pédale, met un autre crochet au-dessus et atteint enfin une prise qui fait plus de 3 millimètres de profondeur. Fred passe en second en faisant un beau pendule et en tirant sur la corde. C'est à mon tour d'y aller en tête.

 

 

Arrivé au spit en question, j'astique bien mes chaussons, j'inspire une dernière fois profondément, et je m'élance. J'arrive à me concentrer tellement sur les mouvements à faire que j'oublie complètement le spit qui s'éloigne et les 300 mètres de vide que j'ai sous les pieds. Il y a trois ou quatre mouvements très aléatoires, les pieds posés à plat sur le rocher lisse et vertical, les doigts dans des cupules minuscules. Il n'y a guère que ma volonté qui soit bien accrochée à l'idée d'arriver sans chuter à la prise salvatrice deux mètres plus haut. Moments d'une intensité rare, de ceux que l'on recherche sans fin comme une drogue puissante et bienfaitrice, car l'incroyable sensation d'unité entre l'esprit, le corps et les éléments naturels qu'ils procurent est la voie la plus directe vers un bonheur de l'instant profond et sans fioritures.

Finalement mes pieds tiennent, mes doigts crispés sur un ou deux cm2 de rocher soutiennent sans fléchir mes 65 kilos et je franchis le crux. Je suis peut-être le premier à faire le passage en libre, et c'est aussi la première fois en 5 mois que je fais un passage que Yan ne fait pas !

 

 

Regardez le joli casque que Yan m'a prêté...

 

 

Nous faisons les trois dernières longueurs de la voie plus faciles ( en 5) en corde tendue et nous arrivons au sommet. Les paysages sont secs et très minéraux, rien à voir avec les forêts denses qu'il y a au pied de la falaise.

 

 

Puis nous redescendons la voie en rappel, avec une technique que je connaissais bien, mais que je n'avais encore jamais mis en application en France. Pourtant sur le papier, je savais qu'elle marchait bien, et permettait surtout de descendre deux fois plus vite...  Mais j'avais encore quelques restes de barrière psychologique qui m'empêchait de la mettre en pratique, barrière que ces brésiliens peu complexés ont complètement éliminée. Il s'agit en fait de descendre deux par deux, chacun sur un brin de la corde ! Bien sûr il faut être bien synchronisés car la corde n'est pas attachée au relais mais passe simplement dans un maillon rapide... Démonstration :

Trois heures de descente en rappel et de dérapages plus ou moins contrôlés dans la forêt plus tard, nous arrivons à la voiture à 18h30, juste à la tombée de la nuit. Une journée d'escalade parfaite !

 

De retour à Belo Horizonte vers 22h00 après avoir mangé un morceau chez Fred, je file à contre coeur chez Diomar pour faire la cuisine pour son anniversaire le lendemain, le dimanche. Je lui ai promis de cuisiner un boeuf bourguignon, il m'avait demandé un plat français typique !

J'arrive chez lui, il est tout content que je sois là malgré mon retard, il a passé l'après midi à faire les courses avec la liste que je lui avais donnée. Dix kilos de viande, 3 kilos de carotte, dix oignons, de la poitrine fumée, 5 bouteilles de bon vin rouge chilien... Je me mets au fourneau, pendant que lui me prépare un gros plat de pâtes. Une heure plus tard, tout est prêt, l'énorme casserole de 20 litres est pleine à ras bord, il ne reste plus qu'à attendre quelques heures que la viande mijote doucement. Une heure plus tard, la viande est encore dure comme les carottes, avec un tel volume la cuisson ca durer un bout de temps. Nous nous installons confortablement dans le salon avec des bières glacées. Nous y resterons jusqu'à 4 heures du matin, le temps que la viande cuise... 

Diomar me raconte ces histoires de coeur. Depuis que j'ai quitté son appartement ( il m'avait hébergé les deux premières semaines), il a changé trois ou quatre fois d'amant. Maintenant il est avec un petit jeune beau gosse que j'ai déjà rencontré dans son appartement à Rio. Apparemment la vigueur de la jeunesse de ce garçon s'accorde peu au lit avec la maturité plus tranquille de ses 51 ans... Diomar aimerait bien retrouvé un compagnon avec qui passer le reste de sa vie, ce pourrait même être une femme me révèle-t-il... C'est assez amusant en fait, j'ai ici 4 amis qui ont la cinquantaine (tous des amis de la promo de Luiz), deux d'entre eux sont mariés depuis 25 ans et envient très visiblement les deux autres qui sont célibataires, libres et en profitent... Et les deux célibataires, Diomar et Elias, mon colloc actuel, rêvent de rencontrer la femme ou l'homme du reste de leur vie... Existe-t-il une voie du milieu? Réponse dans 20 ans...

Aujourd'hui dimanche, j'ai passé toute l'après-midi chez Diomar. Il y avait une cinquantaine de personnes comme prévue, que du gratin de Belo. J'ai parfaitement rempli le rôle que Diomar attendait de moi, j'avais mis une belle chemise, j'ai servi le bourguignon, un torchon blanc au bras, avec toute la classe et l'élégance possible, et surtout des grands sourires de Français bien éduqué. C'était infernal bien sûr, un vrai calvaire qui a duré 5 heures d'affilée. Bon au moins maintenant je suis quitte avec Diomar. Et puis au final les dizaines de compliments pour ce plat soi-disant succulent, les brésiliennes charmées qui me demandent trois fois la recette, tout ça n'était pas si désagréable. Rien à voir avec les quelques commentaires assez désagréables que j'avais essuyés pour le même bourguignon il y a deux mois dans un petit bled du Nordeste du Minas.

Bon j'arrête là, il se fait tard et la semaine s'annonce chargée, bises et à demain si vous le voulez bien.

Alexinho

 

 

Par Alexis - Publié dans : vidanobrasil
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Vendredi 18 août 2006 5 18 /08 /Août /2006 19:15

Hier soir c'était l'anniversaire de Ana Paula. Elle avait invité une vingtaine de ses meilleurs potes dans un des meilleurs clubs de samba de Belo, UTOPICA. Imaginez un grand chalet en bois perché sur la plus haute colline de la ville, une vue splendide sur Belo, à l'intérieur lumière tamisée, le meilleur groupe de samba de raiz de Belo, 300 personnes qui dansent en même temps dont deux tiers du beau sexe... Sur 360 degrés, le regard qui se balade se repose immanquablement sur une brésilienne magnifique qui bouge son corps divinement bien... Jusqu'à trois heures du mat', j'ai dansé avec Glenda et Ana Paula qui étaient plus en forme que jamais.

Ce matin en arrivant au bureau, je regarde comme tous les matins le site du ministère du travail. Ca y est, mon visa de travail a été accepté et est publié dans le journal officiel !! Fin d'un long feuilleton de 6 mois, pendant lequel tous les collègues ont fait marché à fond toutes leurs relations à Belo et Brasilia pour faire avancer les démarches. Luiz l'autre jour m'a dit tout à fait sérieusement que par amis interposés il avait réussi à avoir l'appui du cabinet du président Lula !!

A dix heures j'avais une réunion avec le consultant qui devait nous faire le modèle tarifaire pour le projet Vida no Vale : il devait étudier combien les habitants du Jequitinhonha devront payer l'eau pour couvrir les OPEX, puis calculer le chiffre d'affaires généré sur les 30 prochaines années. Mais le mec était à la masse le pauvre, son fils est malade et il n'a pas pu bosser correctement. Et il ne pourra pas bosser non plus dans les deux prochaines semaines à venir. Au final, je lui ai demandé de finir ce qu'il avait commencé et lui ai dit qu'on arrêterait là notre collaboration (après l'avoir payé je ne suis pas une ordure...). Je me coltinerai le reste. De toute façon, c'était assez mauvais ce qu'il a fait, il a fait à la main des dizaines de formules, il ne connaît même pas les tableaux croisés dynamiques c'est un peu léger pour un mec qui est sensé être super fort en Excel.

Après j'ai appelé à Londres pour acheter directement au fournisseur DMM 150 dégaines d'escalade et 50 captive eyes. Puis le Vieux Campeur à Paris pour tout le reste du matos d'escalade qu'il nous faudra pour Rokaz. Je vais avoir une ristourne de 30% environ c'est cool.

Et là je suis rentré chez moi, à 200 mètres du bureau. J'écris pendant qu'un gâteau au chocolat cuit au four et embaume d'un doux fumet tout l'appartement... C'est pour avoir des bonnes vivres de course demain. Je pars avec Yan faire une voie de 400 mètres de haut avec quelques longueurs en 7, à une heure ou deux d'ici. Ce soir on va bivouaquer au pied car il y a deux ou trois heures de marche d'approche dans la forêt.

Ensuite dimanche j'ai promis à Diomar, le gay jovial qui m'avait hébergé les deux premières semaines après mon arrivée à belo de faire la cuisine pour son anniversaire. Je crois que je vais passer une bonne partie de la nuit du samedi au dimanche à faire un boeuf bourguignon pour 50 personnes...

 

Par Alexis - Publié dans : vidanobrasil
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Jeudi 17 août 2006 4 17 /08 /Août /2006 05:04

Pour réussir une bonne salade de belles escalopes (ou inversement), vous prendrez :  

 

 

- Deux beaux brésiliens élevés en plein air et super gente boa (super cool en franglais). 

 Il en faut un qui grimpe au moins du 8b, qui soit très bien infiltré dans les milieux de la grimpe brésilien et qui soit capable de vous dire que le Captive Eye de DMM est bien mieux que le Top Wireless de Petzl parce qu'il pèse deux grammes de moins et que son espérance de vie moyenne est de trois mois et cinq jours supérieure (vous ne comprenez rien c'est normal moi non plus).

Je l'ai trouvé, ce mec-là s'appelle Yan, il est le meilleur grimpeur du Minas Gerais et connaît absolument tous les grimpeurs à 500 kilomètres à la ronde. C'est mon meilleur pote ici, voyez un peu sa tronche et regardez comment il inspire confiance ce garçon.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Il faut un deuxième associé qui connaisse bien tous les rouages de l'administration locale car la bureaucratie brésilienne c'est quelque chose... Pour créer une entreprise ici, c'est un peu la croix et la bannière ! Et puis s'il peut apporter une partie du capital, ce n'est pas plus mal.

 Dans le rôle du business angel plus gentil que Bourvil et plus riche que Crésus j'ai nommé Alexandre. Comme Yan, à 18 ans il quittait l'école. Mais lui ce ne n'était pas pour grimper à plein temps, c'était pour vivre l'aventure dans un petit village de pêcheurs sur une côte perdue de Bahia. Au bout de deux mois dans ce trou perdu, il avait déjà monté pour les pêcheurs du cru un business de transport et de commercialisation de poissons à grande échelle dans le Minas Gerais...

Aujourd´hui, il achète et vend des bijoux anciens. Il a dans son carnet d'adresse tous les noms des plus grands business men et politiciens du Minas Gerais, enfin du moins ceux qui aiment faire plaisir à leur femme. Mais il a le physique (et tout le reste) d'un mec avec qui on prend plaisir à siroter des bières le soir...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

- Pour que le négoce prenne bien, il faut ensuite trouver un endroit où il pourra s'épanouir correctement.

 

 

 

 

    Par exemple une ville où les gens ont l'habitude de faire du sport en salle, mais où il n'y a pas encore de salle d'escalade digne de ce nom. Dans mon cas ce sera Belo Horizonte, une ville de 3 millions d'habitants où même les plus de 70 ans vont toutes les semaines dans un gymnase pour faire un peu de sport et où les deux seules salles d'escalade existantes font 5 mètres sur 5.

Dans la ville, vous chercherez un quartier qui bouge, avec pas mal de bars et de cinés dans les environs. Il faut trouver un bâtiment (ou le construire !)  suffisamment haut pour pouvoir abriter un mur d'une quinzaine de mètres de haut.

Nous on a déjà trouvé le local de nos rêves, c'est dans Savassi, le quartier le plus actif de la ville de nuit comme de jour, le quartier où il ne vaut mieux pas habiter car c'est difficile de dormir avant 4 heures du mat' le week-end, mais qui est idéal pour attirer une clientèle jeune.

Voici la façade de la maison que nous allons bientõt louer pour commencer les travaux. 1000 Euros de loyer pour 600 m2 de surface au sol en centre ville, c'est du tout cuit !!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 - Il faut des pépètes aussi bien sûr.

A terme on prévoit de posséder tous les trois un tiers du capital, qui devrait atteindre les 150.000 Euros. Je vais faire un emprunt en France pour financer ma part. Ici les taux d'intérêt sont de 20 à 30 % par an !!

  

 

- Cherchez un nom chouette, parce que vue la précision de ma recette, toute salle d'escalade créée sera unique.

Le nom de notre salle sera ROKAZ. Dans la langue indienne des Tupi-Guaranis, ça veut dire "L'homme qui habite dans les montagnes"...

 

 

- Et puis pour vous fixer les idées en attendant de concrétiser le rêve grandeur nature, vous passerez quelques dizaines d'heure à faire une jolie maquette !

 

 

 

 

    Si vous voulez faire la plus belle salle du monde, vous commencerez par passer quelques nuits sur tous les sites web de toutes les salles d'escalade de la planète pour grapiller à droite et à gauche les meilleures idées. Ensuite mélangez bien, laissez reposer au frigo, touillez encore une fois vigoureusement, rajoutez un zest d'imagination, et votre pièce montée aura une belle allure.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

L'échelle est au 1/10ème. Elle sera bien pratique pour la construction et les ouvriers cette maquette, mais si quelqu'un veut bien m'apprendre Autocad 3D je lui serai éternellement reconnaissant...

 

 

 

 

- Pour le reste, il faut juste un peu de temps et de volonté... L'ouverture de notre salle est prévue en février 2007 juste après le carnaval, j'espère que j'aurai quelques amis non brésiliens qui seront présents pour l'énorme teuf que nous allons organiser pour l'inauguration ! On va fermer toute la rue à la circulation, ça c'est sûr, pour le reste, on a pas mal d'idées, à suivre...

 

Ha puis j'oubliais, rajoutez 100 grammes d'humour, deux gouttes de folie et en bonus vous vous ferez plaisir !!

 

 

Par Alexis - Publié dans : vidanobrasil
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Jeudi 17 août 2006 4 17 /08 /Août /2006 04:42

Un blog de plus vous me direz... J'ai lu récemment dans Veja, un hebdo brésilien, qu'il s'en créait 50.000 tous les jours dans le monde, soit presqu'un par seconde !

 

Mais je vous rassure tout de suite mon propos ne sera pas de rajouter quelques malheureux navets de plus dans la grande soupe mondialisée des commentaires de l'actualité, des photos et dessins en tout genre qui sont publiés tous les jours sur tous les blogs du monde. 

 

Promis je ne suivrai pas non plus le lien sur la page d'accueil d'over-blog qui m'invite à aller lire au plus vite les conseils indispensables pour augmenter l'audience de mon blog !! 

 Non ce blog visera simplement à donner régulièrement à mes amis et ma famille des nouvelles de ma vie ici au Brésil. Et plus particulièrement d'un projet dans lequel je suis en train de me lancer : la construction et l'ouverture d'une salle d'escalade à Belo Horizonte. Un projet forcément un peu fou, vu que je ne vis que depuis 5 mois ici, que je connais donc relativement peu mes deux associés brésiliens, que l'escalade n'est pas encore un sport en vogue au Brésil, et que je vais investir un an ou deux de ma vie et 50.000 euros dans un projet dont la seule certitude est qu'il va me réserver pas mal de bonnes ou de mauvaises surprises...

 

 

Je vous tiendrai aussi au courant des dernières péripéties du projet pour lequel je travaille encore actuellement, le projet "Vida No Vale" ("De la vie dans la vallée") qui vise à donner accès à l'eau potable à tous les habitants de la vallée du Jequitinhonha située dans la région pauvre du Nordeste du Minas Gerais.

Et puis tous les lundi ou mardi, j'essaierai de vous raconter les quelques temps forts de mes week-ends, week-ends que je passe en général à arpenter la région pour grimper et randonner dans les parcs nationaux ou découvrir le riche patrimoine architectural des environs de Belo Horizonte.

Par Alexis - Publié dans : vidanobrasil
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