Débat à l'assemblée législative

Publié le par Alexis

Ces deux derniers jours, j'étais à l'assemblée législative du Minas Gerais avec mes collègues du projet Vida no Vale. Deux jours pour expliquer aux députés pourquoi nous pensons que la meilleure solution pour gérer le service de l'eau dans le Jequitinhonha est de créer une filiale pour cette région de l'entreprise publique COPASA qui gère ce service dans tout le Minas Gerais. La semaine dernière nous avions fait un beau document powerpoint que Elias, le directeur du projet, a présenté hier devant les quelques dizaines de députés qui s'étaient déplacés. Nous avons expliqué que les tarifs pratiqués par la filiale Vida no Vale de la COPASA seront inférieurs à ceux de la COPASA, que l'organisation de l'exploitation du service de l'eau sera différente, plus décentralisée, plus efficace, moins coûteuse et qu'une telle révolution n'aurait pas été possible au sein de la COPASA.

Mais pourquoi avons-nous présenter notre projet aux députés me demanderez-vous ? Et bien parce que pour créer une filiale de la COPASA, même une filiale 100% publique, il faut voter une loi, on ne touche pas facilement à la vénérable COPASA... La COPASA est la fierté du Minas Gerais, tout le monde répète ici à satiété que c'est une entreprise exemplaire, la meilleure régie du Brésil dans le domaine de l'eau et l'une des meilleures du monde. C'est pratique en fait de ne pas avoir de concurrence, personne ne vient jouer les trouble-fête en contredisant ces affirmations par trop hâtives bien sûr... En effet l'eau dans le Minas est la plus chère du Brésil, et les recettes tirées des factures d'eau permettent à la COPASA d'afficher en fin d'année des confortables profits de quelques centaines de millions d'euros... qui ne sont pas tous réinvestis dans l'eau, je sais de source sûre qu'une partie des bénéfices partent pour financer les campagnes politiques du PSDB, le parti au pouvoir dans le Minas...

Bref tout n'est pas rose à la COPASA même si sur le papier le mode de gestion du service de l'eau par une grosse régie publique paraît idéale quand elle est bien gérée (car les bénéfices ne partent pas dans les dividendes comme dans une entreprise privée, et que l'entreprise a une taille suffisamment grande pour faire de la R&D et avoir un pool d'ingénieurs experts contrairement aux petites communes française par exemple).

Mais il est bien difficile de toucher à un seul des petits cheveux de la COPASA. En deux jours plus de 20 députés ont défilé à la barre pour faire toujours à peu près le même discours. Pourquoi la COPASA ne serait-elle pas capable de gérer toute seule le problème de l'eau dans le Jequitinhonha ? "Quarante ans que la COPASA, une entreprise crée par les Mineiros, gérée par des Mineiros, au service des Mineiros, remplit noblement sa tâche, je voudrais qu'on m'explique en quoi la filiale résolvera les problèmes que la COPASA  ne pourrait pas résoudre, pourquoi ne pas utiliser les bénéfices de la COPASA pour financer le projet Vida no Vale ?"

C'est impressionnant de voir comment les députés s'écoutent parler, comment ils travaillent leur posture, le ton de la voix, les effets d'annonce, les petits mots bas aux grands effets, plutôt que le fond du discours qui est toujours réduit à la même portion congrue. Une fois leur beau discours terminé, ils reviennent à leur place, un grand sourire aux lèvres, fiers d'eux, et quand Elias reprend patiemment les mêmes explications uniquement pour eux qui ne semblent ne rien avoir compris, le député qui vient de passer à la barre est déjà en train de discuter avec ses collègues, de saluer bien bas un député qui doit être plus influent que lui, de dire bonjour de bien haut du style grand seigneur à un maire d'une petite ville, à un admirateur qui n'est même pas en costard.

La plupart des gens qui sont dans la salle, à part le staff de Vida no Vale et les députés, sont en fait des employés de la COPASA (qui sont 15000 au total), et en grande partie ceux qui sont syndiqués et qui sont farouchement opposés à la création de la filiale. Et oui, il dérange notre projet de filiale, parce que nous avons démontré sur le papier, avec le modéle financier et le modèle opérationnel que notre filiale serait rentable dans la région la plus pauvre du Minas Gerais, avec un tarif de l'eau 20% inférieur à celui de la COPASA... C'est un sacré pavé dans la mare ! C'est surtout un bon coup de pied là où ça fait mal qui va l'inciter à se réformer en profondeur... Le syndicat apprécie très moyennement évidemment... Et il a trouvé un angle d'attaque très vendeur pour descendre notre projet, sincère ou pas, là n'est pas la question... Notre projet de filiale serait l'antichambre de la privatisation de la COPASA. Il s'agirait de créer une filiale publique dans la région la plus pauvre du Minas, pour vendre à bon prix le reste de l'entreprise au Grand Capital. La présidente du syndicat de la COPASA avait un discours très bien rôdé sur ce sujet aujourd'hui. "La COPASA va être privatisée, le patrimoine Mineiro va être vendu aux étrangers et dilapidé, la preuve il y a un Français de Suez qui travaille dans l'équipe de Vida no Vale !" Celle-lè je m'y attendais depuis longtemps... Je me suis fait tout petit dans mon siège, et puis rapidement je me suis relevé et on a bien rigolé avec Elias, Glauco, Ferreira et Ana ! Alexinho, le plus Brésilien des Français, serait l'espion de Suez, l'incarnation du Mal !!

Hier soir, j'ai quand même demandé à Elias un peu inquiet : "Mais ils sont où les députés du PSDB qui sont censés nous appuyer dans notre démarche ? Aujourd'hui il n'y avait que des députés de l'opposition apparemment ! " Il me répond en rigolant, en vieux roublard qui a tout compris, que le jour du vote, le gouverneur du Minas remplira l'assemblée de députés PSDB pour approuver la loi en deux temps trois mouvements après ces deux jours qui n'étaient finalement qu'un simulacre de débat... Je suis rassuré pour notre projet, un peu moins pour la démocratie dans le Minas. Ceci dit en France le fonctionnement de l'assemblée doit être le même à peu de chose près j'imagine...

 

Voici donc les dernières nouvelles de Vida no Vale. A part ça ces derniers soirs j'écris un article pour un numéro spécial Brésil de la Jaune et la Rouge (la revue de l'X) qui sortira en juillet. C'est sur l'environnement au Brésil. Il va falloir que je booste un peu, la copie est à rendre pour la semaine prochaine et je viens de commencer, je n'ai pas perdu les bonnes vieilles habitudes...

Et aujourd'hui je suis allé faire mes courses au supermarché torse nu. Juste pour voir. Et bien je vous le dis les Mineiros ils ne sont pas aussi décontractes que les Cariocas, il y en a qui m'ont regardé un peu de travers (quelques ménagères de plus de 50 ans et un grand homosexuel libidineux), alors qu'à Rio l'été tout le monde se déplace en ville en maillot de bain. Et oui le plus grand drame des Mineiros ce n'est sûrement pas l'éventuelle privatisation de la COPASA, c'est que dans le Minas, il n'y a pas de plage...

Publié dans vidanobrasil

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article