Du grabuge à Rokaz

Publié le par Alexis

Ce matin, j’étais dans le haut de la structure du mur d’escalade en construction quand j’entends des cris juste en dessous de moi. Des noms d’oiseaux gueulés par um mec apparemment très en colère. Il y a du grabuge, je descends en vitesse la structure métallique dans laquelle j’étais niché. C’est Flavio qui pète un plomb. “J’en ai marre de ta p... de gueule, tu fais c..., tu me rends complètement fou !” Le mec visé par ces injures se surnomme Irmãozinho (“petit frère”), c’est notre garde de nuit et toute la journée il travaille sur le chantier. Le problème c’est qu’il a tellement pris à coeur sa mission qu’il ne peut pas s’empêcher de faire des remarques aux autres travailleurs dès qu’ils ne mettent pas assez d'ardeur à la tâche.

Flavio c’est un pote grimpeur qui vient nous aider en l’échange d’un petit salaire pour s’acheter une nouvelle paire de chaussons à la fin du mois. Il est aussi artiste, la semaine dernière je suis allé voir une de ses expositions au musée mineiro: le directeur du musée l’avait laissé, lui et 5 autres, habiller de carton de couleurs et de papier mâché quelques peintures um peu vieillottes et de 6000 post-it couverts de messages poétiques une statue d’un saint qui prenait la poussière dans un coin...

Aujourd’hui, Flavio me dévoile une des facettes de sa personnalité que je ne connaissais pas : c’est un gars au sang chaud.

Quand j’arrive enfin par terre, Flavio vient d’envoyer Irmãozinho se faire prendre par un endroit dont je tairai le nom ici, Irmãozinho répond avec les mêmes termes mais en parlant de la copine de Flavio et j’interviens entre les deux gaillards au moment où Flavio s’apprête à envoyer un coup de poing au milieu de la tronche d’Irmãozinho...

Je sépare les deux protagonistes, je conseille à Flavio d’aller prendre l’air quelques minutes, je dis à Irmãozinho avec un air un peu méchant de se mêler de ses affaires dorénavant et je rejoins Flavio qui est dehors, les dents serrées comme un forcené, les mains crispées sur un poteau pour faire passer la tension. Il fait peur à voir ! Je lui parle en prenant des pincettes, je tente de le calmer em rejetant toute la faute sur Irmãozinho, j’essaie de lui expliquer qu’il faut ignorer Irmãozinho quand il se mêle de ce qu’il ne regarde pas, je lui dis que quelqu’un qui accepte de passer toutes ses journées et ses nuits sur ce chantier est forcément quelqu’un d’un peu spécial, et très difficilement remplaçable... Au bout de dix minutes il se calme et revient travailler.

Ce soir en quittant Rokaz, j’ai eu une explication avec Irmãozinho. Il était en mode profil bas. Il a compris qu’il était en faute dans cette affaire. Il essaie de se défendre en me disant que Flavio est un tire-au-flanc, mais tout le monde sait que c’est faux et de toute façon ça ne regarde que Yan et moi. Je n’ai pas besoin de lui dire d’arrêter de faire des remarques aux autres, il a déjà compris la leçon tout seul. Je lui souhaite une bonne nuit, on se lance les traditionnels “tudo em paz!”, “só alegria!’, et il me confie qu’il a eu très peur que je le renvoie. Il n'a pas compris que malgré ses quelques défauts, il est à peu près irremplaçable. Qui d'autre que lui garderait tout le temps un grand sourire au visage en passant 24h/24 et 7j/7 de sa vie sur un chantier qui n'est pas le sien ?

Publié dans vidanobrasil

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